Meeting de Paris à Saint-Germain


A la fin du meeting de Paris, organisé à Saint-Germain avec le concours du Petit Parisien,  il aurait été délicat d’établir un classement des grands virtuoses de la haute école aérienne que l’on avait vus évoluer l’après-midi devant une foule considérable.
Trois pilotes utilisant des avions de petite puissance : l’anglais Clarkson, le danois Hansen et l’allemande Liesel Bach, n’auraient pu prétendre être comptés comme des concurrents directs de l’allemand Fieseler et des français Détroyat et Doret. Pourtant, Clarkson, aussi bien que Hansen ont mis en lumière de la façon la plus éclatante, une rare maîtrise en pilotant chacun deux avions différents, mais également de petite puissance. Les évolutions de Clarkson et de Hansen sont riches en nuances, mais pas assez vigoureuses ; ces exercices sont, à proprement parler, des acrobaties, alors que ceux de Fieseler, de Détroyat et de Doret appartiennent au programme de la haute école aérienne.
Doret est handicapé par son avion ; cet appareil, qui est un avion de chasse de 1 300 kilogrammes, est très maniable, mais il ne permet pas d’effectuer des manœuvres permises seulement avec une machine construite spécialement à cet effet. Il n’en reste pas moins vrai que Doret a été très brillant ; ses chandelles terminées par un tonneau et ses vrilles sont d’une précision rare.
Pour départager Fieseler et Détroyat, il faudrait que ces deux pilotes échangent leurs appareils, car il est nécessaire de savoir si, avec le même avion, l’allemand et le français sont à placer sur le même plan.
Fieseler, qui fut pendant la guerre l’as de l’aviation allemande d’Orient, a une douceur de main identique à celle de Détroyat. Sur biplan de 400 CV et de 700 kilogrammes, il vole sur le dos, monte en chandelle à la verticale, pique sur le dos, et boucle la boucle aussi bien à l’envers qu’à l’endroit. De plus, Fieseler a une audace stupéfiante près du sol.
Les tonneaux au ralenti de Détroyat, arrondis à souhait, ont été les seuls points faibles de la technique de notre compatriote. D’ordinaire, Détroyat maintient parfaitement son avion dans son axe en faisant trois, quatre et même cinq tonneaux au ralenti.
Détroyat a ébloui les connaisseurs avec ses loopings inversé, sa vrille sur le dos et des « vols en tranche », en n’ayant à sa disposition que 300 CV tout au plus.
Un match Fieseler-Détroyat ne s’est jamais autant imposé que cette année.
R. P. de T.


Source : Sébastien Détroyat   Transcription : Sophie Détroyat