Détroyat bat chez eux les américains, trois fois de suite

As de la Haute école aérienne et pilote complet, Détroyat bat chez eux les américains, trois fois de suite, et démontre péremptoirement la valeur de l'aviation française de vitesse.
Michel Détroyat a été le grand triomphateur du meeting d’aviation de Los Angeles.  Après avoir terminé en vainqueur l’épreuve de qualification, il a remporté les deux courses principales, le Greve Trophy et le Thompson Trophy.
Ces trois victoires ont produit une très grosse impression en France. Elles étaient pourtant prévues, en raison de la haute maîtrise de Détroyat et des qualités élevées de l’avion mis à sa disposition.
La Coupe Deutsch de la Meurthe, réservée aux avions actionnés par un groupe motopropulseur de 8 litres de cylindrée, nous a permis d’enregistrer, en 1932, 1934 et 1935, des progrès considérables. Cette épreuve internationale de vitesse, disputée sur deux manches de  1 000 kilomètres chacune, a été gagnée, en 1933, par Détré, avec une moyenne de 322 km/h 800, en 1984, par Arnoux, avec 389 km/h et, en 1935, par Delmotte, avec 443 km/h 965.
La première année, Potez, Farman, Caudron-Renault et Régnier se sont intéressés à la Coupe  Deutsch de la Meurthe. La deuxième année, Farman ne s’est pas présenté. A la suite de sa défaite de 1934, Potez a abandonné la compétition et Régnier, classé deuxième en 1934, n’a pu qualifier l’appareil de Massotte ; si bien que Caudron-Renault n’a plus eu de concurrent. Cette saison encore, Caudron-Renault est seul entré en lice, comme l’on sait.
Dès 1934, en comparant les résultats obtenus à la Nouvelle-Orléans avec ceux de la Coupe Deutsch de la Meurthe, il a été très facile de démontrer la supériorité très nette de l’aviation de course française sur l’aviation de course américaine ? Le succès de Delmotte en 1935 -446 kilomètre-heure de moyenne sur la première manche de 1 000 kilomètres et 448 kilomètre-heure de moyenne sur les deux- a apporté une confirmation supplémentaire du rendement des petits avions à moteur de 8 litres.
Michel Détroyat, qui avait exécuté des vols acrobatiques à la Nouvelle-Orléans en 1934 et à Cleveland en 1935 –les National Air Racer sont organisées chaque année dans une ville différente- avait imaginé d’aller défendre sa chance à Los Angeles avec l’un des avions de la Coupe Deutsch de la Meurthe de 1935. Le constructeur déclara : « Je ne puis pas refuser un appareil à Détroyat. »
Et le ministre de l’Air, Monsieur Pierre Cot, accorda le concours effectif de son département.
Avant de partir pour les Etats-Unis, où il avait expédié son avion d’acrobatie Morane-Saulnier 230-4, Michel Détroyat effectua un vol à Etampes, avec l’n des trois, le Caudron C. 400 Renault 350 CV à compresseur à hélice à pas variable, à train d’atterrissage escamotable et à dispositifs hypersustentateurs, dont la vitesse maximum en pointe est comprise entre 480 et 485 kilomètre-heure.
Ce Caudron C. 400 a pris, l’an passé, la première place la Coupe Deutsch de la Meurthe, piloté par Delmotte, en réalisant, répétons-le, la vitesse moyenne de 443 km/h 965 sur les deux manches de 1 000 kilomètres, au-dessus d’un circuit triangulaire de 100 kilomètres.
Les Américains qui, comme les Anglais, ont le tort de ne pas suivre les évènements qui se déroulent à l’étranger, ne tenaient pas Détroyat pour un concurrent redoutable.
A l’entraînement, sur le circuit triangulaire de 24 km 135 de Los Angeles -15 milles- notre compatriote atteignit 458 kilomètre-heure. Doolittle lui-même, n’avait pu dépasser, en 1932, le 405 km/h 468.
Le surlendemain, le dimanche 6 septembre, Détroyat s’adjugea le Greve Trophy, en battant ses six adversaires et en portant le record de 345 kilomètre-heure à 397 kilomètre-heure, bien qu’il ait maintenu volontairement, sur la presque totalité des vingt tours du circuit dev8 kilomètres, le régime de son moteur à 2 800 tours-minute, soit à 300 tours-minute de son régime nominal.
Le lundi 7 septembre, Détroyat triompha dans le Thompson Trophy, contre des avions actionnés par des moteurs de toutes les cylindrées.
Avec son monoplan de 350 CV, Détroyat a conquis le Thompson Trophy en franchissant les quinze tours du circuit triangulaire de 16 kilomètres à 425 km/h 194, vitesse qui éclipse le record, 413 kilomètre-heure.
Il a surclassé ses huit rivaux, y compris Ortman, qui, aux commandes d’un avion de 860-1 000 CV, n’a pas dépassé 399 km/h 034.
Dans le Thompson Trophy, Détroyat n’a pas tourné non plus à « plein gaz ». Ayant survolé le premier circuit d à 484 kilomètre-heure et le deuxième à 450, Détroyat s’est contenté de dépasser sa vitesse du Greve Trophy.
La participation de Détroyat a été illustrée par trois envolés foudroyantes. Cette tactique était nécessaire parce que les départs étaient donnés en ligne et que l’avantage pris au début permet au pilote de manœuvrer à sa guise, de suivre absolument la ligne droite entre chaque pylône et de vire très serré.
Vous avez remarqué qu’aux 443 km/h 965 de la Coupe Deutsch de la Meurthe de 1935 –deux manches de  1 000 kilomètres- Détroyat oppose le 397 km/h 423 du Greve Trophy –vingt tours d’un circuit triangulaire de 8 kilomètres, 160 kilomètres- et les 425 km/h 144 du Thompson Trophy –quinze tours d’un circuit triangulaire de 16 kilomètres, 230 kilomètres.
Il fallait l’habileté, l’audace et la détermination de Détroyat pour s’engager dans de pareilles courses pour réaliser, avec un brio incomparable, des vitesses aussi élevées dans des conditions particulièrement difficiles.
Michel Détroyat est chef du service des essais et chef pilote de Breguet et chef pilote de Morane-Saulnier. Il n’a pas encore trente et un ans. Il est officier de la Légion d’Honneur.
Il est un pilote d’essais remarquable, un pilote de haute école de très grande classe et il vient de prouver qu’il est un pilote de course de tout premier plan. Dans Paris-Saigon, dont le départ sera donné le 25 octobre, il pilotera un bimoteur de transport. Nul ne peut douter qu’une fois encore, Détroyat donnera sa pleine mesure.
Il est vrai que Détroyat cultive une volonté de fer, et que son désir le plus tenace est de toujours se surpasser.
R. PEYRONNET DE TORRES

Source : Sébastien Détroyat, Transcription : Sophie Détroyat