Morane-Saulnier 405 et 406

Premier chasseur français dépassant les 400 km/h, le Morane Saulnier MS 406 fut le premier chasseur moderne à entrer en service dans les unités de l'Armée de l'air, et sans doute l'un des avions de combat français les plus connus de la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi, avec le Potez 63, le seul appareil français construit à plus de 1000 exemplaires.


Conception
En mars 1934 le Service Technique Aéronautique (STAé) lança un programme de chasseurs monoplaces (C1) pour assurer le remplacement des Dewoitine D.500 et Loire 46. Deux projets furent retenus, le Bloch MB.150 et le Morane Saulnier MS 405. C'étaient des monoplans à aile basse cantilever, cabine fermée et train d’atterrissage classique escamotable, mais le Bloch devait recevoir un moteur en étoile Gnome & Rhône 14N de 900 ch et le Morane un Hispano Suiza en ligne.



Le MS 405 n°01 effectue son premier vol le 8 août 1935 piloté par le fameux Michel DÉTROYAT avec un moteur Hispano Suiza 12Y Grs de 860 ch. C’était un appareil à structure métallique mais dont le revêtement était en aluminium, contreplaqué, et toile pour la partie arrière du fuselage. Il était armé d’un canon de 20 mm dans l’axe du moteur et d’une mitrailleuse de 7,5 mm dans chaque aile, tirant hors du disque d’hélice. Le 20 janvier 1937 volait pour la première fois un second prototype, avec une voilure légèrement modifiée et équipé d’un moteur 12Ycrs. Cet appareil fut chronométré à 443 km/h. En juin 1937 le MS 405 n°01 participa au meeting aérien de Bruxelles-Evère, piloté par DÉTROYAT. Durant ce meeting il fut qualifié de ‘Meilleur chasseur du monde’. Sur la route du retour son pilote poussa ce prototype au-delà des 400 km/h.



Par marché 274/7 le Ministère de l’Air commanda 16 appareils de présérie dès le 1er mars 1937. Ces appareils, tous livrés en 1937, permirent de tester différentes motorisations, des équipements et des modifications de structure. Le quatrième avion de présérie qui servit de modèle à la version de série MS 406. Il était équipé d’un moteur Hispano Suiza 12Y-31 de 860 ch doté d’un radiateur escamotable. Et c’est là que le bât blessait ; pour voler plein gaz il fallait abaisser le radiateur mais sa traînée réduisait les performances. S’il était remonté il fallait réduire les gaz pour éviter une surchauffe du moteur !


Les appareils n°12 et 13, sans radiateur semi-rétractable mais avec un Hispano Suiza 12Y-31, furent rebaptisés MS 406H et livrés à la Suisse.
35 MS 405 supplémentaires furent commandés en avril 1937 par marché 327/7. Il y avait urgence à rénover l’aviation de chasse française et le marché 1959/8 signé le 12 janvier 1938 portait sur 905 avions dont la construction était répartie entre les SNCAO (fuselage), SNCAC (voilure) et SNCAM (empennage). Mais le MS 406 était un avion complexe à construire, qui demandait 16 000 heures de travail par appareil. Les premiers exemplaires n’entrèrent donc en service qu’en décembre 1938.



Engagements dans l'Armée de l'Air


Dès le début de la Drôle de guerre le ‘Meilleur chasseur du monde’ se montra dépassé : outre les problèmes de radiateur, les commandes de tir des mitrailleuses gelaient au dessus de 5 000 m et la vitesse du monoplace français était insuffisante pour rattraper les bimoteurs allemands de bombardement ou de reconnaissance. Mais les pilotes appréciaient leur monture, qui rivalisait face au Bf 109D tant par son excellente maniabilité que par l’entraînement très supérieur des pilotes français. Mais face au Bf 109E, apparu fin 1939, les pilotes français ne pouvaient plus compter que sur une chose : la capacité du MS 406 à encaisser les coups, et à revenir à la base après ‘en avoir pris plein du buffet’.


Au cours de la Campagne de France, les MS 406 remportèrent 191 victoires confirmées, plus 89 qui ne purent être homologuées. Environ 150 appareils furent abattus par la DCA ou en combat aérien et 300 autres disparurent, abandonnés lors des replis ou détruits par les bombardements de la Luftwaffe.


Utilisation dans d'autres armées de l'air
Pendant la Seconde Guerre mondiale le MS 406 fut commandé et/ou utilisé aussi par les pays suivants :
  • Allemagne : La Luftwaffe, qui avait récupéré près de 200 MS 406 en France, les affecta aux écoles de chasse, mais en céda dès la fin 1940 une partie à la Finlande. 98 appareils supplémentaires furent saisis en Zone Libre en novembre 1942. Ils furent cette fois répartis entre la Finlande (2 appareils), la Croatie (44 appareils) et l’Italie (52 appareils).
  • Bulgarie : 20 avions.
  • République de Chine : 13 avions arrivés à Haiphong, non livrés aux Chinois mais intégrés à l'Armée de l'Air en Indochine.
  • Croatie : 48 MS 406 reçus des Allemands.
  • Italie : La Regia Aeronautica ne semble avoir utilisé que 25 des 52 MS 406 livrés par la Luftwaffe fin 1942.
  • Finlande : 50 MS 406 furent offerts à la Finlande durant la Guerre d’Hiver, mais seulement 30 livrés [MS-301/330]. Assemblés par des mécaniciens français chez AB Aerotransport à Malmö-Bulltofta, en Suède, ils furent convoyés en vol vers la Finlande entre les 4 et 29 février 1940. Armés de 3 mitrailleuses MAC-34, ils entrent immédiatement en action au sein de l’escadrille LLv 28 et le 17 février 1940 le 1.Lt T. Hyrkki abat un DB-3 sur le [MS-301]. Durant la Guerre d’Hiver le LLv 28 remporte 14 victoires sans la moindre perte.
  • Lituanie : 12 commandés, non livrés à cause d'une annulation du contrat.
  • Pologne : 160 commandés, non livrés avant le début de la guerre.
  • Suisse : Ce pays neutre acheta les 2 MS 406H, avant de produire sous licence 84 D-3800 et 224 D-3801.
  • Turquie : 45 MS 406 furent commandés, et 30 livrés en février-mars 1940.